Normalement, les contes de fées débutent toujours par "il était une fois" avec un prélude plutôt sympathique qui vire rapidement au drame : c'est souvent la mère qui meurt et qui est remplacée
par une affreuse belle-mère. Au passage comment voulez-vous que les petites filles bercées par Grimm, Perrault et compagnie, voient d'un bon oeil le remariage de leur père ????
Ensuite, il y a le déluge de tortures morales et physiques pour la pauvre héroïne. Mais pour la soutenir dans ces épreuves, il y a toujours soit une fée, soit diverses bestioles, soit une armée
de nains. Et pour finir en apothéose et véhiculer un message plein d'espoir, il y a toujours un vaillant prince charmant qui dézingue à tout va, les méchantes belle-mères, les
dragons, les monstres poilus ... Et pour faire bonne mesure, il charge sur la croupe de son cheval blanc la fille dont il est instantanément tombé sous le charme, l'épouse et lui fait
douze enfants facilement logés dans son magnifique château. A noter tout de même, que la princesse charmante a toujours quelque chose de spécial. Elle est souvent d'une beauté incomparable,
chante comme un pinson et sait même copiner comme pas deux avec les lapins.
Alors forcément, moi, pour faire de ma vie un conte de fée, je partais avec de sérieux handicaps. Le premier, et il saute tout de suite aux yeux, c'est que je ne suis pas une beauté
extraordinaire. Je ne chante pas, je coâsse comme un corbeau (c'est pourquoi j'ai fait du play-back ce week-end au mariage de ma soeur pour préserver le temps clément). Mes dispositions
génétiques m'affublent d'un tas de petits accessoires qui vous flinguent le glamour en moins de temps qu'il n'en faut à Merlin l'Enchanteur pour faire le ménage dans son logis. Et j'ai un don
très particulier. Les princesses de conte de fée quand elles embrassent un crapaud ou un monstre velu, il se transforme en prince charmant. Ben moi c'est l'inverse. Il faudra que je vérifie la
liste des gens invités à mon baptème, mais maintenant, j'en suis sûre, il y a quelqu'un auprès de qui je vais déposer une réclamation en bonne et due forme !
Mon conte de fée de travers, il pourrait commencer comme ça : " Heureusement, il n'y a eu qu'une fois ...". Et tout le début de l'histoire est plutôt sympathique. A l'heure où j'écris ces mots
mes deux parents sont toujours vivants, donc pas de méchante belle-mère à l'horizon. A priori, personne n'a proféré de menace de mort au dessus de mon berceau (quoique, il y a forcément quelqu'un
qui m'a souhaité des choses pas trop sympa quand même ...). J'ai même eu une enfance hors norme et très gâtée. La vie de château, le cheval fringant dans les écuries, une imagination fertile ont
fait de moi une enfant plutôt joyeuse. Le problème, c'est qu'un beau jour, il m'a fallu quitter l'enfance. Et c'est à ce moment que j'ai réalisé que je n'étais pas une princesse charmante, de
celles qui font tomber les princes charmants en pâmoison. Et que la vraie vie, c'est : un loyer, des impôts, des caddies à remplir et que pour faire tout ça, il ne suffit pas de siffler les
sept nains. Il faut travailler. Et moi, à part réconciler certains chevaux traumatisés avec l'homme, je ne savais pas faire grand chose, et surtout pas envie de faire autre chose. Mais pour faire
plaisir, ou rassurer mon entourage, j'ai fait des études, comme tout le monde. J'ai détesté ça, et ce depuis la maternelle. J'ai trouvé un job, puis un autre et encore un autre. Je n'ai jamais
trouvé de satisfaction dans mon travail et j'ai même faillit mourir d'ennui et de dégoût ( oui, certaines professions peuvent devenir dégoutantes). J'ai rencontré des garçons, des hommes, des
gentils, des goujats, des faibles, des forts. Mais quelque soit leur personnalité de départ, j'en ai toujours fait des crapauds. (Zut, aurais-je chanté sous la douche ?).
Un jour, j'ai cru que je l'avais trouvé mon prince charmant. Il n'avait pas de cheval blanc, mais le coeur pur (pensez vous ! blanc comme neige à 32 ans !). Il m'offrait des roses rouges et
blanches, parlait mariage et enfants. Il ne buvait pas d'alcool sauf les jours de fête, ne fumait pas, ne se droguait pas et savait même repasser ses chemises tout seul. Bon, j'avais bien compris
qu'il n'avait pas encore coupé le cordon avec sa mère, mais j'ai pensé que c'était normal vu qu'il n'avait jamais vu la rivière enchantée à 32 ans !!! Je trouvais ça romantique et chevaleresque.
Alors j'ai dit "OUI". Et là, le véritable enfer a commencé. J'avais le Prince charmant, je me suis retrouvée avec la Bête. Cet enfer conjugal, j'ai l'intention d'en faire un roman. Il y a
tellement à raconter. Et puis, il faut que je prévienne les autres. Nous sommes divorcés maintenant. Il est libre de recommencer avec une autre ! Argh quelle horreur ! Donc pour ce chapitre de
mon conte de fée de travers, je m'arrêterais là, sinon, ce n'est plus un article.
Depuis ma liberté retrouvée, j'ai recommencé ma quête du Graâl. Retrouver le goût de la vie que j'avais enfant. Les chevaux, l'amour ... Ce n'est pas gagné ! Tout d'abord, j'ai fait un amer
constat. Je se suis pas une femme qu'on aime (faut dire, même moi je n'y arrive pas). J'ai cherché le pourquoi, le comment. J'ai bien une petite idée, mais pour l'instant, je n'ai pas encore
trouvé la solution. Jean Guéhenno a dit : "l'amour, c'est cette merveilleuse chance qu'un autre vous aime encore quand vous ne pouvez plus vous aimer vous-même". Alors "autre", où te caches-tu ?