L'été s'annonce et après les inévitables "spécial minceur", les journaux féminins vont bientôt nous rappeler aussi à l'ordre sur nos galipettes. Façon édulcorée d'évoquer ce qui devrait être la
principale activité post plage de toute femme normalement constituée. Nous allons donc bientôt avoir droit aux nouveaux diktats, non pas de la minceur, non pas de la mode, mais de l'art
kamasutresque !
Depuis quelques années, on voit apparaître en page de couverture de magazines même pas spécialisés, des titres accrocheurs, racoleurs, des suppléments sexe, etc ... Dans les années quatre vingts,
le mantra des femmes, c'était de s'épanouir en business woman, jonglant adroitement entre dossiers super importants ( comme s'il allait de soit que toutes les femmes qui travaillaient ne faisaient
que traiter le dossier de l'année), mari, enfants et nounous.
Aujourd'hui, crise oblige, il faut se réaliser autrement. On a donc commencé dans les années quatre vingts à évoquer discrètement les façons d'améliorer l'ordinaire de dessous de couette. Il y a
donc vingt ans, le truc croustillant du moment qui faisait de vous une super amante était de savoir jouer de la flûte enchantée.
Il y a dix ans, la sexualité était évoquée sans tabou, et les choses se sont sérieusement corsées. Être libérée, c'était accepter une prise d'assaut par l'autre versant de la lune.
Aujourd'hui, on parle de sexe partout. A la télévision, dans les journaux, à la radio. Un nombre hallucinant de personnes se porte volontaire pour raconter ses us et coutumes de rapprochement
corporel. A la radio, c'est même parfois surprenant, car il existe une émission spécialisée diffusée en plein milieu de l'après-midi ! Et donc le must en ce moment, c'est d'être libertin...
Autrement dit, coucher avec Pierre, Paul et Jacques en même temps au même endroit à la même heure, tous ensemble. Cela a toujours existé me direz vous. Bien sûr, mais on n'en parlait pas comme si
c'était la norme ou même un signe d'une bonne ouverture d'esprit (si vous me permettez l'expression).
Dans dix ans, ce sera quoi ? On pourra considérer que vous êtes "cool" et à l'aise avec votre corps si Médor peut jouer aussi ???
J'entends parfois des témoignages d'hommes ou de femmes d'ailleurs, désemparés parce que leurs conjoints ne veulent pas se joindre à leur fantasme. Ils se disent frustrés comme des gamins à qui le
Père Noël n'a pas voulu apporter de Wii sous le sapin. D'autres appellent parce qu'ils sont passés à l'acte et que cela les a complètement chamboulé. A les entendre, on a l'impression qu'on ne peut
pas avoir de vie sensuelle épanouie si on ne suit pas l'escalade de l'étalage médiatique. Puisqu'on en parle, c'est surement comme cela que ça doit se faire ! Et on met dans la tête des gens des
idées qui ne leur seraient jamais venues à l'esprit autrement.
Cet article n'a pas pour but de juger les moeurs des uns ou des autres. Je n'adhère plus à aucune religion car je supporte plus qu'on m'indique de quelle façon je dois penser. Je croyais naïvement
que la sexualité était un domaine intime, où chacun pouvait s'exprimer dans ses désirs avec des partenaires sur la même longueur d'onde et que cela ne regardait que la personne, le couple, ou le
groupe concerné. Maintenant, c'est devenu un domaine aussi coaché que l'apparence, aussi orienté que la mode vestimentaire et tout comme avec votre paletot, vous êtes cataloguée limite frigide ou
réac si vous répondez poliment que "non, le club Zapoil, ça ne vous tente pas des masses".
Maintenant quand vous faites une nouvelle rencontre, vous révisez votre kama sutra avant l'apéro, en ayant pris bien soin d'affuter au choix : votre porte-jarretelles, votre guépière en soie, en
cuir .. en latex si vous n'êtes pas allergique. Le Monsieur, s'il vous plaît, se croit obligé de vous retourner comme une crêpe toutes les trois minutes pour être sûr que vous êtes bien cuite sur
toutes les faces et s'attend à ce qu'après un tel marathon, vous soupiriez d'aise et le cataloguiez "amant d'enfer".
Le romantisme n'a plus la même saveur. Maintenant, le corps doit exulter dans la performance ! Pourtant, un petit missionnaire tranquille, bien tendre, les yeux dans les yeux, je crois que ça a
encore du bon ... même sous les draps, même à la faible lueur d'une bougie.